CTA du 15 novembre 2019

Déclaration liminaire de la FSU

Ce CTA se réunit aujourd’hui pour un bilan de la rentrée 2019 dans notre académie, alors qu’un CHSCTM exceptionnel a été réuni pour traiter de la souffrance au travail dans notre ministère. Dans sa conférence de rentrée, le ministre Jean-Michel Blanquer faisait du bien-être au travail des personnels et de la bienveillance une priorité, puis n’a cessé de communiquer sur une rentrée où tout se passerait bien. Or, sur le terrain, les personnels souffrent de leur travail : nous tenons à rappeler que 58 personnels de l’Education Nationale se sont suicidés depuis le 1er janvier 2019 et 11 depuis la rentrée de septembre. Et, à ce jour, toujours rien en termes de débats, de propositions de la part du ministère et de ses échelons locaux. Faudra-t-il attendre un procès, comme à France Télécom ou à l’ANPE, pour que le ministre daigne prendre ce sujet au sérieux et prenne conscience de la réalité de la souffrance au travail de ses personnels ?
Contrairement à ce que prétend le ministre, la rentrée n’est pas des plus réussies : en collèges, classes surchargées dans lesquelles l’inclusion d’élèves en situation de handicap est difficile, voire dans certains cas, impossible par manque de personnels, en lycées, nouveaux programmes imposant une charge de travail accrue, impréparation des épreuves E3C, nouveaux dispositifs dans la voie professionnelle (co-intervention par exemple), absence de manuels. La mise en oeuvre des PIAL a encore aggravé les conditions de travail des AESH. Aucune révision de la grille de rémunération de ces personnels n’est prévue, installant nos collègues AESH encore davantage dans la précarité. Pour tous les personnels, la réalité au quotidien de l’école inclusive se situe aux antipodes des satisfecits que s’autodélivre le ministre. La gestion des personnels et l’organisation du travail qu’on leur impose en vient à la négation de l’inclusion des élèves en situation de handicap ! Pour toutes ces raisons, la FSU appelle à participer à la journée de mobilisation nationale intersyndicale le 20 novembre 2019. Alors que le ministère s’apprête à supprimer de nouveau des postes dans le budget 2020, la FSU dénonce le manque de personnels et les suppressions de postes dans toutes les catégories professionnelles de l’Education Nationale : par exemple, les personnels infirmiers vivent une nouvelle rentrée sans créations de postes ce qui ne permet pas de répondre correctement aux besoins des élèves.
La rentrée dans l’Education Nationale s’est effectuée alors que la souffrance des personnels a rarement été aussi prégnante et s’est fortement exprimée. De nombreux personnels de l’Education Nationale estiment que leur travail affecte leur état de santé.
Réformes à marche forcée, injonctions et prescriptions dénuées de sens, pressions sur les personnels, isolement professionnel font partie de notre quotidien : aujourd’hui, à l’Education Nationale, comme dans la Fonction Publique, l’organisation managériale du travail à laquelle les personnels sont soumis rend malade. Le travail ne doit pas porter atteinte à la santé, c’est un principe fondamental. Chacun.e doit pouvoir rentrer chez lui dans l’état de santé qui était le sien en arrivant sur son lieu de travail. A cet égard, la FSU rappelle que les médecins de prévention manquent toujours dans l’académie et qu’une médecine du travail fait toujours cruellement défaut dans la Fonction Publique. La FSU alerte depuis longtemps sur les effets délétères des réformes et des dérives managériales, notamment dans les CHSCT. Le gouvernement a décidé de les fusionner avec les CT dans la loi dite de « Transformation de la Fonction Publique ». Comment oser prétendre mieux prévenir la souffrance au travail des personnels en supprimant ces instances ? Et Comment oser prétendre répondre à la souffrance des enseignant.es, uniquement par l’enquête en ligne à destination des seuls directrices et directeurs d’école ? Elle alourdira encore leur charge de travail, les isolera, ne portant pas la voix des conseils des maîtres.ses et faisant fi des rôles des délégué.es des personnels. La FSU rappelle que cette loi supprime toute transparence et toute garantie d’équité de traitement pour les personnels et s’y oppose. L’application de ce texte, avec le recours accru aux contrats, impactera nos spécificités d’exercice.
Si les actions engagées ces derniers mois par le SNICS-FSU ont permis de faire reculer l’ « équipe pluriprofessionnelle » réclamée par les médecins qui se voient « chefs de service », des menaces contre la profession perdurent. La FSU s’oppose à toute transformation de la mission de promotion de la santé qui nuirait à la prise en charge de la santé des élèves au service de la réussite scolaire, y compris dans le cadre de la priorité accordée au primaire. Tous les élèves ont le droit, du premier degré à l’université, de pouvoir librement consulter un.e infirmier.e scolaire, professionnel.le de santé de premier recours au sein d’un de leurs lieux de vie.
Alors que les personnels de l’Education Nationale sont en souffrance, comment accueillir et prendre en charge nos élèves les plus fragiles ? Où en est la volonté du gouvernement de lutte contre la grande pauvreté, avec le plan de lutte annoncé il y a plus d’un an ? Aujourd’hui, la réforme de l’allocation chômage mais aussi la division par deux pour 2020 des fonds sociaux ne seront pas sans impact pour nos élèves et leurs familles. La baisse des fonds sociaux de 59 millions à 30 millions permet de maintenir le budget total des aides sociales du ministère en compensant la hausse des bourses liées à
l’évolution démographique et à leur indexation. Jean-Michel Blanquer a présenté son budget 2020 comme “social”. Où est le social ?
Aux conditions de travail dégradées, s’ajoutent la faiblesse des rémunérations, l’absence de reconnaissance des qualifications, du travail et de l’engagement des personnels. Une revalorisation salariale est urgente pour nos professions et la FSU demande à ce que la valeur du point d’indice soit dégelée et qu’un plan de rattrapage au regard du pouvoir d’achat perdu soit mis en place, les déroulements de carrière améliorés. Les conséquences de la réforme des retraites envisagée par le gouvernement ne peuvent qu’inquiéter nos collègues, le Président de la République lors du débat à Rodez en octobre écartant l’idée d’une revalorisation immédiate et indiquant qu’il s’agit, pour conserver (et non améliorer) le niveau de retraite d’accepter de travailler plus et de réduire les vacances. La FSU rappelle qu’elle est opposée au projet de réforme des retraites parce que l’instauration d’un système par points romprait avec les principes de solidarité et aggraverait les inégalités (notamment entre les femmes et les hommes) et laisserait le montant des pensions incertain puisque la valeur du point dépendrait de la conjoncture économique. C’est pourquoi, elle appelle, aux côtés de la CGT, de FO, Solidaires, de la FIDL, du MNL, de l’UNL, et de l’UNEF, l’ensemble des salarié.es du secteur privé comme du secteur public, des retraité.es, des privé.es d’emploi, des jeunes, à une première journée de grève interprofessionnelle le jeudi 5 décembre prochain pour gagner un renforcement, une amélioration du système actuel de retraites solidaire et intergénérationnel. La FSU appelle aussi à la tenue d’AG sectorielles au plus près des salarié.es pour débattre collectivement des suites à donner à cette journée du 5 décembre.

Les élu-es FSU